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Les médicaments de contrefaçons et sous-standards : un danger de mort exceptionnel dans les pays industrialisés, commun dans les pays en développement

Voici une année que Jacques Pinel disparaissait.
À l’occasion du premier anniversaire de sa disparition, nous vous livrons un document qu’il avait écrit et qui a été finalisé avec le concours d’un petit groupe de proches collaborateurs et compagnons de route de Jacques.

Jacques Pinel est une figure historique de l’association Médecins Sans Frontières.

Pharmacien avec quelques années d’expérience de coopération en Afrique et en Asie, il avait rejoint MSF en 1979 dans un camp de réfugiés en Thaïlande, alors que l’association, encore toute jeune, tentait de faire face aux besoins médicaux de dizaines de milliers de réfugiés cambodgiens.

Commençant par organiser la pharmacie du camp, Jacques s’occupa très rapidement de toute l’intendance nécessaire pour que l’équipe médicale puisse se concentrer sur les soins, inventant alors et développant ensuite ce qui deviendra la logistique MSF (médicale et non médicale).

Il ne cessa dès lors jamais de réfléchir, de partager ses nouvelles idées, de lancer de nouveaux projets, de créer des réseaux, de rassembler des partenaires potentiels, de transmettre son expérience avec, toujours, l’objectif d’améliorer l’aide apportée aux populations dans le besoin.

En août 2015, Jacques disparaissait, la tête encore pleine de projets pour MSF et ses partenaires.

Depuis les années quatre-vingt dix, Jacques se consacrait plus particulièrement aux problèmes concernant les médicaments : les problèmes d’accès aux médicaments nécessaires pour combattre le SIDA, le paludisme et la tuberculose et les problèmes de qualité des médicaments sur le marché international.

Il fut ainsi à l’origine de la Campagne d’Accès aux Médicaments Essentiels de MSF qui vit le jour en 1999 et l’initiateur d’une série de projets visant à aider les organisations humanitaires et les agences internationales à assurer la qualité de leurs approvisionnements.

Mais tout au long de sa carrière, il a vu évoluer et se complexifier le marché mondial du médicament, avec des risques croissants, pour les populations des pays en développement.

Extrêmement concerné par les dangers que font courir les médicaments contrefaits et les médicaments de mauvaise qualité pour ces populations et accordant toujours une très grande importance à la pédagogie, Jacques travaillait depuis quelques années à un document de vulgarisation sur ces questions.

En août 2015, quand la maladie l’emporta, il laissait son document inachevé.

De proches collaborateurs et compagnons de Jacques se sont depuis regroupés pour finaliser ce document dans l’esprit de Jacques afin de le rendre disponible au plus grand nombre. C’est le résultat de cette démarche qui est présenté ici.

Le document est organisé en quatre grands chapitres :

  1. Le premier chapitre du document explique quelques notions fondamentales pour comprendre le sujet du médicament, de sa qualité et de son environnement légal et réglementaire.
  2. Le deuxième chapitre explique comment un médicament peut être de mauvaise qualité et la distinction à faire entre les contrefaçons (ou médicaments falsifiés ou encore « faux médicaments ») et les médicaments « sous-standards ».
  3. Le troisième chapitre explique comment les bouleversements de l’organisation politique du monde et l’évolution du marché international ont affecté la qualité des médicaments à disposition dans le monde.
  4. Enfin, le dernier chapitre explique à quel niveau des mesures doivent être prises pour améliorer la situation dans les pays les plus démunis et le rôle essentiel joué par l’OMS avec son programme de préqualification.

Jacques était un fervent supporter de ce projet de préqualification de l’OMS.

Il avait eu l'espoir que la responsabilité du programme de préqualification, au départ ciblée sur les antirétroviraux, les antituberculeux et les combinaisons thérapeutiques à base d’artémisinine recommandées pour le traitement du paludisme, soit élargie à l’ensemble des médicaments inclus dans la Liste Modèle de médicaments essentiels de l’OMS, mais il était bien conscient que cette évolution serait compliquée et ne serait certainement pas pour le court terme.

Dans l’attente de cette évolution, une solution consistait pour lui à améliorer l'accès à une information objective et vérifiée sur les producteurs et les produits génériques en particulier et à mutualiser les ressources et moyens autant que possible (entre ONG et organisations internationales, entre pays…).

Nous espérons que ce document, actuellement disponible seulement en français mais dont la traduction en anglais est en cours, représentera une lecture enrichissante et/ou un outil pédagogique précieux pour beaucoup d’entre vous.

Jean-Michel Caudron, Cécile Macé, Corinne Pouget, Raffaella Ravinetto, Brigitte Renchon, Jean Rigal, Benedetta Schiavetti et Daniel Vandenbergh